Les pièges qui parasitent la communication en couple
1. L’interprétation
« Ce n’est pas du tout ce que je voulais dire ! » « Tu déformes toujours mes propos ! » « Tu n’as pas compris ! »… Voici des réactions que j’entends en consultation, et qui révèlent une vraie difficulté dans le dialogue conjugal. Celui qui s’exclame ainsi se sent incompris, jugé ou même trahi par l’autre qui altère son propos. À la longue, cela génère frustration chez l’un, incompréhension chez l’autre, et des tensions entre les deux.
Que se passe-t-il ? Qu’est-ce qui façonne nos interprétations ? Il est bon de regarder du côté de notre histoire personnelle. En fait, notre mémoire agit comme un filtre. Elle retient les évènements – qu’ils soient heureux ou malheureux – avec la couleur des émotions. C’est en partie pour cela que nos souvenirs sont parfois si différents pour un même évènement : nous ne l’avons pas vécu de la même manière. Les expériences passées, les blessures, les attentes, les peurs… qui tissent notre histoire personnelle, teintent les paroles de l’autre de significations parfois bien éloignées de son intention première.
Par exemple, un simple désir chez l’autre est vécu comme un message de rejet. Chloé : « Quand mon mari m’annonce qu’il veut sortir avec ses amis, j’entends qu’il ne m’aime plus assez pour passer du temps avec moi ». Ou encore, une suggestion peut être perçue comme un jugement de valeur. Brice : « Quand je propose des changements dans notre quotidien, ma compagne croit que je lui fais des reproches ».
S’il est naturel d’émettre une hypothèse qui éclaire ou explique une parole ou un geste, c’est-à-dire d’interpréter ce que l’autre dit, ressent, pense, je vois deux pièges au fait de lui exprimer :
1. Le piège de parler à sa place. Qui suis-je pour donner une explication à ses propos, et m’autoriser à l’éclairer en avançant une hypothèse qui vient de moi ? N’est-il pas meilleur de prendre le temps d’écouter ce qu’il a à dire, ce à quoi il a pensé, comment il envisage les choses en me mettant à sa place ? Puis, si cela est pertinent et utile, je lui proposerai mon interprétation… avec précaution.
2. Le piège de la certitude d’avoir compris ce que ma/mon partenaire voulait dire. Cette conviction m’empêche de m’assurer que ma compréhension correspond bien à son intention. Si je me trompe, je risque le malentendu.
Comment déjouer ces pièges ?
– Prendre conscience de ce mécanisme d’interprétation :
– Accepter d’écouter vraiment l’autre en me mettant à sa place pour imaginer son intention réelle, sans oublier que ma compréhension immédiate puisse être inexacte.
– S’assurer d’avoir bien compris : « Si je comprends bien, tu veux dire que… » Cette simple reformulation donne à l’autre l’opportunité de préciser sa pensée
Dans ce travail de clarification, la présence d’un tiers bienveillant en consultation conjugale permet de lever peu à peu les malentendus. Chacun peut exprimer sa version, son ressenti, son intention, sans être interrompu ni jugé. La reformulation guidée permet de prendre conscience des écarts d’interprétation pour les corriger progressivement. Un apprentissage exigeant qui demande de la pratique et de l’humilité, pour affermir une compréhension mutuelle qui rétablit le lien entre conjoints.